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Première diffusion mondiale du film de Judith Wechsler

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Première diffusion mondiale du film de Judith Wechsler

Je suis une mémoire vivante
Nahum N. Glatzer et la transmission de l’enseignement judéo-allemand 

Nahum Glatzer (1903-1990) était un universitaire américain d’origine allemande. Formé dans le monde de la yeshiva à Lemberg, puis proche de Franz Rosenzweig et de Martin Buber, il quitte l’Allemagne pour la Palestine en 1933, avant de rejoindre les USA en 1938. Grand spécialiste et biographe de Franz Rosenzweig, Franz Kafka, Hillel l’Ancien, il publie des recueils de textes (Maïmonide par exemple) et des essais qui font date, sur le personnage de Job en particulier.

 

Sa fille Judith Wechsler, elle-même universitaire américaine et spécialiste d’histoire de l’Art, a réalisé un film plein de tendresse en hommage à son père. On le voit prononcer une conférence sur Job, et de nombreux documents familiaux montrent la douceur de cet être qui avait lui-même été élevé dans la plus grande rigueur.

 

De nombreux témoignages de ses étudiants, devenus à leur tour des maîtres des études juives aux Etats-Unis, rappellent la profondeur de l’enseignement de Nahum Glatzer, ainsi que sa grande humilité, et son humour.

 

Pour la première projection publique de ce film, spécialement sous-titré en français pour l’occasion, la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild, en collaboration avec la Société des études juives et l’Institut universitaire Elie Wiesel, avait organisé une rencontre autour de Judith Wechsler le 27 novembre, dans le grand auditorium du centre Alliance Edmond J. Safra.

 

Jean-Claude Kuperminc, directeur de la bibliothèque de l’AIU, a présenté la soirée, au cours de laquelle Franklin Rausky, directeur des études de l’Institut universitaire Elie Wiesel a évoqué le thème de l’exil, subi par de si nombreux érudits originaires d’Allemagne et d’Autriche. L’exil, c’est la sortie du monde d’avant, rassurant, pour entrer dans un nouveau monde. Face à cette épreuve, certains sombrent dans la dépression, voire dans le suicide. La psychanalyse prend au contraire nombre d’exemple de résilience dans la vie de ces savants juifs exilés par la faute du nazisme. Glatzer a subi au cours de sa vie des exils successifs. Premier départ, de sa Lemberg natale, terre d’orthodoxie juive, à Francfort où il rencontre la philosophie juive incarnée par Franz Rosenzweig. Puis à l’arrivée de Hitler au pouvoir, nouveau départ vers la Palestine, où il découvre une autre forme de vie juive. Enfin, en 1938, les Etats-Unis, où les études juives sont quasi inexistantes. Glatzer y introduit la philosophie juive de Buber, Rosenzweig, Herman Cohen.

 

Mireille Hadas-lebel, présidente de la Société des études juives, a ensuite montré l’influence de Glatzer sur les études juives américaines. Elle constate que la bibliographie des sciences du judaïsme avant 1938 est principalement écrite en allemand, elle devient anglophone après la seconde guerre mondiale. Ce passage est dû à la présence de ces exilés juifs allemands et autrichiens, dont Glatzer est un modèle. Il ne faut pas oublier le très fort préjugé antijuif de la société américaine, qui se traduit par un accès très limité pour les Juifs aux études supérieures dans les universités traditionnelles. C’est ce qui préside à la naissance de l’Université Brandeis en 1948, une université juive non sectaire, où Glatzer va créer un département d’études juives et du Moyen Orient, un modèle qui sera repris ensuite sur tout le territoire américain. La même expérience se renouvelle avec le rav Soloveitchik à Yeshiva University, ou avec Abraham Heschel au Jewish Theological Seminary de New York. Judith_WechslerMireille Hadas-Lebel évoque certaines des figures des études juives américaines qu’elle a eu l’occasion de rencontrer, comme Hans Jonas, philosophe précurseur de l’écologie, ou encore Harry Wolfsohn, dont le bureau à Harvard contenait un réfrigérateur rempli de livres. La tradition se poursuit aujourd’hui, principalement sur la côte Est des Etats-Unis, avec par exemple Frances Malino, de Wellesley College, qui a beaucoup travaillé sur les archives de l’Alliance, et qui développe le projet Diarna d’accès à l’histoire des Juifs des pays d’Islam grâce à Google Earth.

 

Judith Wechsler Glatzer  a expliqué la genèse de son film, qu’elle présentait en public pour la toute première fois. Elle a puisé dans les énormes réserves d’archives familiales, s’est rendue sur les lieux de vie de son père, à Lemberg devenue Lviv, à Francfort, ou en Israël. Elle a recueilli les témoignages de ses disciples Paul Mendes Flohr, Michael Fishbane, et jusqu’à son propre récit de la vie avec son père. Des images très émouvantes de la relation de Nahum Glatzer avec sa petite-fille, éclairent le parcours de cet homme de bonté qui s’est toute sa vie confronté à la question philosophique du Mal, notamment à travers ses travaux sur Job.

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