Présentations de livres

Un livre sur Vichy et la Shoah qui fait débat

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La Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild recevait le 14 mars 2012 Alain Michel pour la présentation en avant-première de son livre Vichy et la Shoah : enquête sur le paradoxe français (Editions CLD, 2012). Pour dialoguer avec lui, nous accueillions André Kaspi, professeur émérite à la Sorbonne, historien spécialiste des Etats-Unis d’une part, et de l’histoire contemporaine des Juifs d’autre part. La soirée était animée par Jean-Claude Kuperminc, directeur de la alain_michel_bisBibliothèque de l’AIU.

André Kaspi a reconnu dès le départ l’importance de ce livre, qui pose beaucoup de questions nouvelles et pertinentes mais qui fera également débat. L’un de ses apports principaux est la très grande attention portée à la chronologie des événements et aux statistiques. Le rôle social politique et/ou social de l’historien est également interrogé avec vigueur.

 

Alain Michel commença par rappeler l’importance qu’avait pour lui, et pour beaucoup d’autres historiens, le séminaire sur l’histoire contemporaine des Juifs à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Son interrogation initiale, à l’origine de ce livre, était d’étudier avec précision le rôle de Vichy dans la Shoah, en remettant volontairement en cause les thèses communément admises, établies et défendues par des historiens comme Robert Paxton ou Serge Klarsfeld. Selon Alain Michel, si le gouvernement de Vichy a clairement mis en place une politique antisémite, il ne savait pas jusqu’à très tard la réalité de la Solution finale et a, d’une certaine manière, protégé les Juifs de nationalité française. L’étude des statistiques des déportations prouve que jusqu’à l’automne 1943, la quasi-totalité des Juifs déportés sont des Juifs étrangers ou des enfants français de Juifs étrangers. Si les organisations juives ont pu si efficacement en France – contrairement à des pays comme les Pays-Bas ou la Belgique – sauver, notamment, les enfants, c’est aussi parce que le régime de Vichy leur avait permis de maintenir une façade légale avant l’entrée définitive en clandestinité en 1943. Ainsi, le fait même qu’un gouvernement français ait été maintenu pendant l’Occupation a joué un rôle dans le fait qu’une relativement faible proportion (25%) de Juifs en France ait été déportée.

Cette présentation fut suivie d’un débat animé avec André Kaspi et avec la salle, montrant combien le sujet intéresse les esprits et combien l’analyse iconoclaste d’Alain Michel porte à réfléchir.