Présentations de livres

Les Juifs de Marseille au XIVe siècle par Juliette Sibon

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Les Juifs de Marseille au XIVe siècle par Juliette Sibon
Sibon L’ouvrage que présente Juliette Sibon à la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild est le fruit de sa thèse, soutenue en 2011. Les sources sur lesquelles elle a fondé ses recherches sont avant tout des actes notariés, en latin, qui sont donc riches d’enseignements sur la vie quotidienne des Juifs. Son travail a consisté à faire émerger à partir d’archives générales le rayonnement économique et social principalement de quelques familles de notables juifs.
L’auteur s’appuie notamment sur les acquis de Joseph Shatzmiller, spécialiste du judaïsme au Moyen âge. Selon lui, la figure du prêteur juif n’était pas considérée comme un paria, puisqu’il était aimé et défendu à la fois. Tout cela doit se comprendre dans un contexte économique précis et avec l’éthique de l’époque. En fait, il faut voir ce rôle des prêteurs juifs comme un moyen d’établir des contacts avec une clientèle chrétienne aisée, celle des artisans et des laboureurs. A leur propos, Juliette Sibon parle d’ailleurs de relations « d’amor » (amitié).


Elle constate que les recherches concernant l’histoire politique sont bien plus développées que celles dédiées à l’histoire économique. Pourtant, elles permettent d’aller à l’encontre de certaines idées reçues ! En ce qui concerne le Moyen-âge, elle tente de contredire la thèse selon laquelle par exemple les Juifs n’étaient pas propriétaires. A Marseille, au 14ème siècle, des Juifs investissent, achètent des immeubles etc. Les élites intellectuelles n’apparaissent que peu dans les sources notariées mais elles existent néanmoins : médecins, rabbins etc.
En général, le XIVe siècle est perçu comme un tournant : dans tout l’Occident chrétien, on commence à persécuter les Juifs. Selon Juliette Sibon, il faut affiner cette thèse. Elle constate par exemple qu’à Marseille, pour les Juifs, il n’est en général pas question de conversion. En fait, la situation des Juifs en Europe est loin d’être uniforme.
Juliette Sibon analyse également la composition sociale de la communauté et en conclut qu’il existe une réelle séparation entre les élites, objets de son étude, et le peuple. Les notables ont même des liens extrêmement forts avec les chrétiens de même niveau social et économique qu’eux. Ainsi ils existent deux quartiers juifs distincts, appelés au Moyen-âge, « juiveries ». C’est dans celle de la ville basse, proche du port, que vivent les plus riches.
La plupart des élites juives font des affaires, parfois en véritables capitalistes.
L’auteure conclut en évoquant la place des femmes, qui bien que « mineures » sur le plan juridique, dirigent pour certaines des entreprises et participent au Conseil communautaire.
Le livre de Juliette Sibon apporte donc un éclairage inédit sur une période et une aire géographique, beaucoup moins négatif que beaucoup le pensaient.