Présentations de livres

Rencontre avec Emmanuel Debono, autour de son livre « Aux origines de l’antiracisme, la LICA, 1927-1940)

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Rencontre avec Emmanuel Debono, autour de son livre « Aux origines de l’antiracisme, la LICA, 1927-1940) (CNRS éditions)debono
Auteur de la première étude en profondeur sur la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA, devenue LICRA, en ajoutant la notion de racisme dans son nom, après 1945), Emmanuel Debono reconnait que c’est la découverte des archives de l’institution qui a motivé son étude. Comme tant d’autres, et celles de l’AIU en particulier, les archives de la LICA ont été saisies par les nazis en 1940 à Paris, puis récupérées en Allemagne par les soviétiques en 1945, pour être conservées secrètement dans les archives « spéciales » à Moscou jusqu’en 1992.
Emmanuel Debono a donc exploité les archives nouvellement déposées et classées au Mémorial de la Shoah – CDJC. Avec la lecture du journal Le Droit de vivre, et des archives de la police, entre autres, il disposait de sources suffisantes.
La LICA doit son existence et sa notoriété à son fondateur, Bernard Lecache, juif d’origine ukrainienne, charismatique et habile polémiste. Dès les procès des pogromes en 1927, il participe à la création de la Ligue contre les pogromes avant de fonder la LICA. Les idées de la Ligue sont humanistes, pour le respect universel dû à tous les hommes. Mais ses combats et ses militants en font avant tout, pendant toute la période étudiée, une association juive. Les jeunes juifs souvent étrangers ou apatrides, qui rejoignent la LICA, veulent affirmer leur droit à combattre par tous les moyens, y compris violents, les agressions antisémites qui se multiplient dans les années 1930. Il n’y a en effet pas de loi limitant la liberté d’expression (la LICA sera à l’origine du décret-loi Marchandeau en 1939, mais qui sera très peu appliqué), et la haine des Juifs se déverse impunément dans toutes les couches de la société française, dans la presse et dans la rue.
La LICA va être à la pointe du combat contre l’hitlérisme, dès avant l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933. Elle fera la promotion du boycott des produits allemands et des Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Elle jouera même un rôle dans la diffusion de la traduction française intégrale de « Mein Kampf », interdite en France. Au moment du Front Populaire, l’expression antisémite se déchaîne et la LICA est sur tous les fronts, en France, particulièrement dans l’Est, et en Algérie, où elle tente malgré tout d’encourager l’amitié judéo-musulmane.
Pendant la Drôle de guerre, la LICA sera décimée par les arrestations et internements des juifs étrangers et ressortissants d’une puissance ennemie. Bernard Lecache lui-même se réfugie en Algérie, mais un article virulent dénonçant la tentation raciste du pétainisme lui vaudra d’être interné jusqu’au débarquement des Alliés en Afrique du Nord.
L’antiracisme, aujourd’hui au cœur de bien des débats et très controversé dans ses effets extrêmes (« Indigènes de la République, antisémitisme recouvert par l’antisionisme), a bien ses origines dans ses combats majoritairement juifs. Bernard Lecache a voulu en faire une arme politique, sans toutefois réussir à fonder une assise populaire. Mais il a eu l’amère satisfaction d’avoir raison sur son analyse des dangers des années 1930, face à tous ceux qui déniaient la dangerosité du racisme érigé en politique nationale et meurtrière.

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