Présentations de livres

Présentation du livre de Violaine Gelly et Paul Gradvohl,

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Présentation du livre de Violaine Gelly et Paul Gradvohl, Charlotte Delbo (Fayard, 2013). Dialogue avec Gérard Rabinovitch, directeur de l’Institut européen Emmanuel Levinas et chercheur au CNRS, le lundi 10 juin 2013.

Si aux Etats-Unis, son oeuvre littéraire et théâtrale est lue et jouée depuis plus de quarante ans, qui connait réellement Charlotte Delbo en France ? L’œuvre de Charlotte Delbo est pourtant comparable à celle des écrivains connus de la déportation tels que Primo Levi, Robert Antelme. Récemment cette biographie a toutefois reçu le prix « Geneviève Moll » de France Télévisions, ce qui lui réattribue une certaine place sur l’agenda culturel.


Le témoignage constituait pour Charlotte Delbo une obligation morale. Charlotte Delbo a fait partie du seul convoi de femmes politiquesDelbo envoyé à Auschwitz. Sur les 230 déportées, seules 49 reviendront après plus de 2 ans de captivité. Elle faisait partie des gens qui s’opposaient à la thèse d’Adorno, selon laquelle il était impossible d’écrire de la poésie après Auschwitz. Pour elle, au contraire, c’était grâce à la littérature qu’on pouvait survivre mais elle a aussi écrit pour les générations futures. Elle parlait du traitement spécifique destiné aux Juifs, sans mythification de la victime en tant que telle. L’absurdité du monde en ces temps de guerre se remarque dans son œuvre, comme dans ses archives. Elle se disait choquée par les remarques antisémites des prisonniers non-Juifs. De plus Auschwitz reste un paradoxe puisque c’était la plus grande usine de morts, mais non « maitrisée » par les nazis, vue son étendue. Ceci explique que des milliers de Juifs aient survécu dans ce camp, ce qui était loin d’être le cas dans les camps plus petits.
Née dans une famille ouvrière et immigrée, en banlieue parisienne, ses parents l’ont élevé selon les valeurs républicaines. Sa culture première est marxiste. Son mari, Georges Dudach, fusillé quelques mois après leur arrestation commune, était stalinien contrairement à Charlotte qui refusait de se faire enfermer dans une quelconque idéologie.
Les auteurs ont voulu restituer la personnalité complexe de Charlotte, apparue comme une femme française, marginalisée et très libre pour l’époque. Avec beaucoup de patience, Violaine Gelly a obtenu l’accord de la famille afin d’accéder aux archives de Charlotte Delbo pour la rédaction de ce livre, archives désormais accessibles à la BNF.
Violaine Gelly s’est d’abord intéressée à Charlotte Delbo parce qu’elle était femme. En effet, la résistante a raconté dans ses écrits des récits de femmes, d’épouses, de mères, confrontées au pire. Ce qui est très particulier chez Delbo, c’est qu’elle se place à l’intérieur de la collectivité des femmes. Elle refusait absolument le fait d’être emblématique à elle toute seule d’une cause quelle qu’elle soit, ce qui a certainement nuit à son rayonnement littéraire.
Si les expériences sont les mêmes pour tous, elles ne sont pas vécues de la même façon par les hommes et les femmes. Charlotte Delbo a été une femme moderne avant l’heure, indépendante financièrement tout au long de sa vie et n’ayant jamais porté le nom de son mari. Militante acharnée des droits de l’homme, elle a donné à tous une belle leçon de vie et de courage.